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Jean Marc Saulnier / Julie Digard
Jusqu'au 15 octobre 2022

Jean Marc Saulnier

2021 04 04 E - 115-90 cm.jpg
2021 04 04 B
Acrylique, encre, collage sur « papier tommes » - 2 faces
130x80cm environ, 2021

   Jean Marc Saulnier est un peintre, mais aussi un metteur en scène de son propre travail. Il joue avec la possibilité de l’installation tout en construisant patiemment des modèles picturaux improbables. L’acte de peindre, recto verso, souvent sur des supports anciens comme des lés de papiers peints, introduit un facteur mémoriel. Il tourne et retourne le support, le tourneboule en quelque sorte, afin d’en présenter les diverses facettes tout en mettant en évidence des vides dans l’œuvre. Ces derniers demeurent inséparables de sa démarche. Ils offrent une dimension autre à notre perception, plus énigmatique que la troisième dimension, mais sans aboutir à la quatrième, évidemment. Pourtant, cette fragilité du manque apparent change la constitution même des réalisations, convoquant dès lors un questionnement conceptuel. L’artiste les obtient en juxtaposant les parties découpées de son travail, construisant et déconstruisant pour aboutir à ce que l’on nommera des absences ou des présences contrariées.

   Ses approches plastiques, qualifiables d’abstraites contiennent parfois des apparitions figuratives, mais très partielles. Ainsi, certains détails permettent de mieux retenir l’attention du spectateur. Néanmoins, il n’est pas aisé de les percevoir. L’attention portée à l’ensemble du travail impose une recherche minutieuse et Saulnier crée des structures visuelles répétitives et labyrinthiques. Des graphies en perpétuelle mutation couvrent les surfaces, créant les conditions voulues d’une promenade à la fois familière et aventureuse.

   On évoquera des réalisations enlacées, tordues, étirées, de tailles différentes en fonction de l’espace disponible. Ainsi l’exposition de Valence, à la Villa Balthazar, en 2019, lui permet de présenter de vastes compositions, des « Lés » qui créent un environnement qualifiable de rhizome vertical. Une autre facette de son travail apparaît avec les « Sacs » où il déstructure des sacs en papier de diverses marques, les mettant à plat, changeant leur nature utilitaire pour en offrir une nouvelle vie artistique.

   Cette approche sérielle très caractéristique montre comment tout support utilisable (cartons, affiches, papiers peints, sacs, etc.) change de nature. On a souvent évoqué une proximité avec les recherches de Supports Surfaces, en ne négligeant pas Hantaï. Si le questionnement du support s’inscrit dans cette problématique, il semble également évident que son parcours demeure très personnel. La contemporanéité de Jean Marc Saulnier ne saurait se contenter d’une seule filiation, même celle de la dernière et prestigieuse avant-garde française du siècle passé. L’avenir appartient ici à celui qui découpe les rêves pour mieux les rêver,  (r) assemblés.

Christian Skimao – novembre 2019

Julie Digard

est ce que ça va s'effondrer  14 - 55x46cm_edited.jpg
Est ce que ça va s’effondrer # 14
Toile, gesso, acrylique, 55x46cm, 2019

Julie Digard peint. Elle applique, comme le veut la tradition, de la couleur sur une surface plane. Plusieurs sursauts secouent cette définition simpliste alors que l’artiste œuvre à affiner sa propre pratique du medium. Elle n’est bien-sûr pas la première à le faire, et sa clairvoyance révèle un éveil à l’histoire de la peinture qui la protège de quelques répliques stériles. Façonnée par plusieurs années aux Beaux-Arts de Saint-É, sa facture a aujourd’hui pris un courageux élan, pour s’autoriser une ampleur inédite, conforter des intuitions croustillantes, oser plus encore.

   Julie Digard n’aime pas le mot Tableau. Aventurons-nous ici à la réconcilier avec ce terme formidable. Ses huiles peut-être, son cadre sûrement, sa conservation en musée ou son marché partout ailleurs, enferment la dénomination dans un penchant mortifère dont il est légitime de vouloir se méfier. Celle-ci décrit pourtant une configuration militante, un verrouillage sain de choix qui ne se fanent pas pour autant. Y est déterminée une scène rayonnant par son unité. L’autonomie y est pleine. Le bonheur.

 Julie Digard a résidé à Moly-Sabata. Outre la jouissance d’un atelier et d’une équipe à son service, elle a pu développer des familiarités avec d’autres acolytes séjournant simultanément sur place. Parmi les félicités du planning, difficile de cacher son voisinage avec un des douze acteurs historiques de l’élan Supports/Surfaces. Une quarantaine d’années séparent l’âge des peintres et pourtant leurs écritures se tutoient. D’autres éléments circonstanciels imbibent ces productions spécifiques, il n y a qu’à deviner sous la couleur, les contours de bois flottés offerts par le Rhône. Julie Digard cultive une garde-robe joyeuse. On pourrait s’en foutre mais le constat ne semble cependant pas dénué de sens lorsqu’est observé le casting de textiles avec lesquels l’artiste travaille. Gammes ensoleillées et motifs tranchants, c’est toute sa collection de foulards qui tremble de se retrouver clouée en une configuration murale ou écartelée sur un châssis. Le montage est habillage. Partout, se diffuse une gourmandise dans l’ouvrage, proche des plaisirs de l’assortiment vestimentaire dont l’exposition est le miroir.

   Julie Digard signe des séries. Ainsi Les fluos, Les assemblages, Les croûtes et Les notes lui ont permis d’approfondir selon le classement générique de ses envies, plusieurs directions au sein de sa linguistique plastique. Cette méthode n’exclut en rien l’exception, puisque La grande composition concentre par l’étendue de son énergie, une suite à elle seule. Humeur et endurance trouvent ici satisfaction, jusque dans cet ensemble d’empiècements raccommodés, élaboré dans une hygiène éphéméride pour mieux témoigner de soixante-deux jours de résidence.

   Julie Digard n’a pas encore l’habitude de voir son nom dans un texte. Celui-ci est consacré à sa production, alors pour l’aider, répétons-le. L’intégralité de cette présentation a été réalisée pour nous, aujourd’hui, à La serre. Que chacun contribue au rayonnement de cette première monographie afin que les occasions en sa faveur se multiplient et que s’épaississe la visibilité d’une démarche en pleine éclosion. A être synthétique, beaucoup peuvent y avoir du mal. C’est une heureuse difficulté, un défi cubiste, un effort d’auteur. C’est cette fois chez notre artiste, chose faite. Regarder. Joël Riff, Moly-Sabata, 2015

  "A être synthétique" Joël Riff, Moly-Sabata, 2015