Jean-Marc Scanreigh
Judith Chancrin

Vernissage Jeudi 9 juin à partir de 18h

Exposition jusqu'au samedi 9 juillet 2022

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Jean-Marc Scanreigh

Judith Chancrin

Peintre, dessinateur, graveur, éditeur d’estampes et de livres d’artiste, Scanreigh expose depuis 1973. Né à Marrakech en 1950, il rejoint l’Alsace familiale en 1956. Il y restera jusqu’en 1978, pour s’installer en Rhône-Alpes et occuper un poste d’enseignant à l’école des Beaux-arts de Saint-Etienne.

Depuis 2007, il vit et travaille à Nîmes.

Pour son exposition, la galerie a fait un choix d’œuvres récentes où se télescopent des fragments de réalité réinterprétés à l’extrême, typiques de la manière de l’artiste.

 

Tout ce travail est porteur d’un parcours complexe qui, parti d’une abstraction aux effets drapés illusionnistes dans les années 70 a abouti par étapes successives et prudentes à une figuration houleuse relativement « brute » pour se tempérer par la suite grâce à la pratique du dessin et de la gravure. La démarche repose essentiellement sur la greffe de fragments issus d’observations du monde environnant mais largement « défigurés » par l’accumulation de reprises et de réinterprétations.

 

L’imagerie à la fois véhémente et burlesque obéit néanmoins à une composition stricte. La couleur y joue souvent un effet dissolvant créant des situations où l’artiste se doit d’arbitrer entre la forme et la couleur. Devant ce spectacle déroutant, le spectateur est invité à suivre plusieurs lièvres à la fois. C’est la part malicieuse de l’artiste qui cherche son adhésion et la complicité de son regard.

 

Dans ma pratique artistique, il m’importe avant tout d’offrir au spectateur un objet qui soit ouvert et suffisamment présent pour générer la rencontre. L’abstraction, le non familier, le mystère, me sont indispensables pour ouvrir un espace de poésie, loin de la logique ou des habitudes perceptives. Ainsi, chaque tableau/objet/installation est pour moi un moyen d’exploration du monde sensible.

Semblable aux glaneuses d’Agnes Varda, je récolte les restes, que je capture ici et là, dans la nature et dans mon environnement. J’y puise des images de phénomènes qui m’émerveillent, « Formes diverses, poèmes vivants, choses attrayantes, beautés de la nature »1. Puis je les transforme jusqu’à les perdre. Je m’arrange à n’utiliser qu’un fragment suffisamment mystérieux pour être débarrassé de toute certitude, de toute vérité. Un mystère à vivre plutôt qu’à élucider. C’est dans une sorte de renoncement au savoir possible sur l’objet que je trouve dans ma pratique ces espaces de poésie et de liberté.

« Le non savoir n’est pas une ignorance, mais un acte difficile de dépassement de la connaissance ». Gaston Bachelard

Il y a pour moi dans l’inconnu un espace de liberté et de disponibilité. Il y a pour moi dans le non familier, un espace de poésie dans lequel il est possible de ressentir avant de penser. Je recherche dans l’image quelque chose de l’ordre du dépaysement, car pour reprendre les mots de Philippe Soupault à propos du voyage, « Il n’y a rien de plus poétique que le dépaysement constant ».

1.Robert Walser, La promenade