Estelle JOURDAIN

Estelle JOURDAIN vit et travaille à Avignon.

« La conception de mes premières sculptures s’est faite à partir de la notion d’ « objet »  (le terme « objet » est pris ici dans le sens de « ce qui est placé devant, connu directement par nos sens ») ». À l’heure où Estelle Jourdain a fait cette analyse, elle a conscience de l’existence d’objets physiques et d’objets idéaux. Les objets physiques existent dans l’espace et le temps  : une table, une montagne, une sculpture. Les objets idéaux existent hors de l’espace et du temps : une idée, un théorème, les propriétés d’un cercle, figure récurrente dans la recherche d’Estelle Jourdain. Mais pouvait-elle alors supposer l’émergence de l’objet social ?

L’objet social n’est ni physique, ni idéal. Il existe dans le temps et dans l’espace seulement s’il génère une inscription, un enregistrement d’une portion du temps et de l’espace. Il conscientise notre appartenance et notre dépendance au réel. La production photographique d’Estelle Jourdain prend cette fonction de conscientisation dès lors que l’artiste pique la surface de ses images. La broderie à fleur de la matière photographique n’autorise plus l’immédiateté de la communication de l’œuvre. Il y a un intermédiaire entre l’image et moi. Cet intermédiaire, c’est le besoin qu’a l’artiste d’éprouver sa place dans l’espace, minuscule, de l’ouvrage de broderie, et dans le temps, contraint et contraignant, qu’impose le geste de précision. En cela, et pour suivre la pensée d’Henri Bergson, Estelle Jourdain puise du réel de sa création un besoin. Le besoin d’inscrire, car la broderie est une écriture. » Pascal Thevenet